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TF1 : ABRUTISSEMENT GENERAL

Posté par Raphaël Zacharie de Izarra le 31/01/2004 à 22h28.

- TF1, petit père du peuple -

Hier soir j'ai regardé avec hargne une émission populacière sur TF1. J'ai consciencieusement passé la tête à travers la lucarne donnant sur l'étable à vaches humaines pour mieux entendre meugler le troupeau hilare que sont mes semblables "TFunisés".

Qu'ai-je vu, entendu ? Des animateurs prostitués à la cause AUDIMAT caquetant à n'en plus finir. Emission au concept simple, efficace, parfaitement aliénant : du pain et des jeux. Un format soigneusement conçu pour rassembler un maximum d'abrutis moyens.

Le bavardage bouche-trous est la spécialité des émissions de TF1 : des femelles stéréotypées au sourire perpétuel déblatèrent infatigablement sur des sujets ineptes entre deux interminables séquences de réclames. Plus c'est vulgaire, lourd, saturé de couleurs (remarquons la richesse de coloris des chemises portées sur TF1), plus la lessive se vend.

Dans ces émissions la pauvreté cérébrale, l'insignifiance du propos, l'indigence de l'esprit sont chaudement applaudies par un public complice qui ne demande qu'à être bêtifié. Les têtes vides des animateurs, des invités, du public résonnent dans la nuit jusque dans les chaumières les plus reculées. Et la lessive n'en finit pas de se vendre. De Paris aux confins du pays, ça rumine, beugle, chie en cadence dans les familles : TF1 pacifie les masses.

Raphaël Zacharie de Izarra

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- Télédégénérée -

Prochainement se déroulera la cérémonie des 7 d'or à la télévision. Dans ce royaume de la futilité la plus achevée, de vieilles morues de journalistes disputeront le titre suprême à d'épais présentateurs porcins en mal de reconnaissance populaire.

De foutues femelles de présentatrices hilares et mielleuses comme des gâteaux d'anniversaire dégoiseront inepties sur inepties, applaudies par des célébrités de paillettes à la cervelle déchue.

Nommons-les, ces professionnelles décaties du caquetage pénétrées de leur minuscule importance (Claire Chazal, Béatrice Schönberg)... Nommons-les, ces petits crétins prétentieux sans plume qui se donnent des allures d'écrivains mais qui ne sont finalement que de minables, de vulgaires présentateurs d'émissions de télévision (Patrick Poivre d'Arvor, Michel Field)... Nommons-les, ces arrivistes plébéiens, petits journalistes et autres oiseaux sans envergure, sans talent, sans intérêt, sans consistance (Jean-Pierre Pernaud, Laurence Ferrari, Benjamin Castaldi)...

Tous de pauvres "ramollisseurs" patentés de cerveaux, héros des masses populacières, égéries de tous les minus habens que compte notre pays d'abrutis passant leurs soirées devant la télévision.

Raphaël Zacharie de Izarra

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- Écran plat -

Si la télévision de TF1 est le reflet fidèle d'un des nombreux aspects de notre société contemporaine, je peux alors en déduire que nous vivons dans un monde d'abrutis finis où les journalistes qui nous montrent régulièrement leur belle dentition ne sont que des pauvres types, des ratés d'un genre particulièrement minables aux mains pleines de sucre à gaver les masses et de mélasse "ketchupisée" destinée à oindre le front plastifié de nos nouveaux-nés, où règnent partout des mangeurs dégénérés aux ventres pleins mais aux esprits vides dont les âmes sont depuis longtemps corrompues par le beurre de cacahouète et les jeux du cirque. Dans ce monde l'ignorance, la vulgarité, l'excrément liquéfié, l'urine issue des asperges, le toc, la bêtise et l'avilissement sont des valeurs sûres.

Dans ce monde les femmes sont devenues des pondeuses de germes humains dûment "markrétinisés", les mères de petits singes sans poil d'une nouvelle humanité qui se résume de plus en plus à de la chair à canon tendre et imperturbablement hilare pour les marchands de lessives, de sièges de WC, de boîtes de conserve.

Dans cet univers tragique et irresponsable ces femmes sont toutes également heureuses et se laissent volontiers décerveler, "désovairiser", désodoriser jusqu'au dernier degré par des hommes non moins idiots, dûment écouillés quant à eux. Dans ce monde que me montre la télévision de TF1, l'humanité est déchue mais garde un sourire à toute épreuve.

A travers l'écran de télévision la société n'est qu'un énorme, monstrueux, insatiable conduit digestif, les écoles, les médias, les publicités, les productions artistiques ne sont qu'un interminable écoulement anal. Au bout de cette ouverture infâme, pestilentielle, épouvantable, une bouche géante s'ouvre, prête à recevoir sa fange quotidienne.

Cette gueule ouverte grande comme le monde, c'est celle des millions de petits vers de terre humains qui avalent avec délectation et dans des applaudissements assourdissants les fruits odieux de leur propre digestion. Ainsi la boucle est bouclée. On ne sort pas ainsi d'un tel cercle d'initiés.

Bienvenue chez TF1, Disneyland merveilleux pour castrés de l'esprit.

Raphaël Zacharie de Izarra

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- Un monde d'abrutis -

L'Amérique hollywoodienne est la plus fameuse productrice d'inepties filmiques calibrées à l'image près pour plaire au maximum d'abrutis moyens que compte la planète. Des films à énormes budgets et à minuscule envergure (exemple type : "Le Titanic") sortent des studios de Hollywood pour "arroser" les salles de cinéma du monde entier, et ce afin de mieux aliéner les esprits aux standards de la pensée américaine.

Ces films sont des produits de consommation rapide dont les ressorts essentiels sont basés sur la vulgarité, la violence, la laideur : le parfait reflet de l'Amérique moyenne contemporaine.

Vulgarité, violence, laideur : voilà exactement ce qui plaît à la racaille. Les fabricants de films jetables l'ont bien compris. Bruce Willis, ce héros de celluloïd au charme épais et vulgaire rapporte des millions de dollars à son pays (le plus sous-développé sur le plan culturel). Rapporter de l'argent à brève échéance est le but premier et avoué de ces films américains. Accoutumer, puis gaver les foules avec les glucides mentaux que constituent ces productions est également important, sans être avoué. Pour mieux les assujettir à longue échéance.

Ces marchands de coca-cola psychique inoculent aux foules le goût du film américain afin de les ramener régulièrement devant les écrans de cinéma et ainsi mieux asseoir l'hégémonie culturelle et économique de leur pays, les modèles de la vie américaine étant habilement inculqués à travers les images. Les stars standards fabriquées à Hollywood sont les ultimes maillons de l'usine à abrutir les masses, les derniers rouages de l'énorme machine à décérébrer les peuples, les plus flatteurs et indolores colporteurs de la religion hollywoodienne.

Dans cette société de veaux avides de granulés cinématographiques, les apôtres de la vulgarité sont récompensés, tandis que les adeptes de la Beauté sont méprisés. Dans ce monde peuplé de ruminants capables de payer au prix fort des billets de cinéma pour brouter placidement des productions filmiques américaines à caractère commercial, la place des artistes n'est plus que sous les ors des beaux esprits dont je me réclame.

A l'heure où la rue est envahie par les archétypes américains, à présent qu'elle est devenue le déversoir des déjections pestilentielles pondues par les studios de Hollywood, les salons sont devenus les derniers asiles des gens distingués.

L'on s'y entretient encore de madeleines et d'art roman, de chastes amours et de songes olympiens. Le salon est le toit du poète, le gîte de l'inspiré, le refuge de l'esprit.

Raphaël Zacharie de Izarra



Commentaire de Raphaël Zacharie de Izarra : Cruautés de la Saint-Valentin (posté le 3/02/2004 à 16h59).

- Contre la sclérose des esprits -

Je propose aimablement TRENTE textes de mon cru pour rompre agréablement avec les mièvres, inconsistantes, insipides célébrations nuptiales habituellement en vigueur chez mes frileux contemporains. Les traditionnelles dragées de mariages ont été ici avantageusement remplacées par de savoureux bonbons au poivre.

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1 - Deux amoureux

Elle lui sourit. Il lui répondit par un regard étonné. A son tour il lui sourit avec une contenance de circonstance : le port altier, la tête légèrement de côté, le regard sûr. Geste maladroit mais sincère. C'était la première fois qu'ils se rencontraient. Le hasard venait de les réunir dans un jardin public, par un après-midi de printemps.

Réservés, ils se tenaient l'un à côté de l'autre à distance formelle : c'étaient des honnêtes gens.

Une brise souleva mollement les longs cheveux de la femme. Une mèche vint s'enfouir dans le creux de ses seins à demi dévoilés. Du coin de l'oeil, l'homme esquissa un léger signe d'intérêt. La gorge était profonde, le décolleté osé. Se sentant désirée, la belle appuya son sourire. Le vent chassa la mèche indiscrète qui alla s'enrouler dans le vide. Et tantôt ses longs cheveux flottaient devant son visage, tantôt son front se dégageait avec grâce au gré de la brise... La scène était impromptue, charmante. Leurs regards se croisaient, se décroisaient, se cherchaient, se trouvaient. Le jeu se prolongea assez longtemps. Ils n'avaient pas prononcé le moindre mot. C'était adorable et puéril, tendre et émouvant.

Ces deux-là se plaisaient, c'était évident.

Les tourtereaux s'étaient rapprochés l'un de l'autre. Alors l'homme prit la main de son élue. Tacitement elle passa son bras sous le bras du galant. Il n'y avait pas d'hésitation dans leur étreinte, les deux amants s'étaient reconnus comme des semblables.

Enfin ils s'en furent, tendrement enlacés parmi les roseraies, confusément émus, l'allure lente mais sûre, à petits pas vers un avenir plein de promesses... Deux silhouettes attendrissantes dans le parc qu'accompagnait le chant des oiseaux.

La femme déplaçait avec difficulté ses cent-quarante kilos. Lui, claudiquait nerveusement avec sa bosse sur le dos.

Raphaël Zacharie de Izarra

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2 - Laide et appréciée

Depuis le temps que je vous promène de salon en salon, je peux vous avouer que votre face de chèvre m'agrée singulièrement. En vérité vous êtes le plus beau laideron de toute la contrée. Et si vous humiliez les garçons que vous approchez, lesquels vous fuient invariablement, vous n'êtes pas pour me faire plus honneur, soyez-en persuadée. C'est que je suis comme les autres : je vous trouve laide moi aussi.

Mais votre laideur a cela de nécessaire à ma gloire, c'est qu'elle fait converger tous les regards vers moi. Je m'affiche tel jour en public en votre piètre compagnie et aussitôt je me mets à dos les rieurs pour les mieux contredire le lendemain. C'est que je remporte tous les suffrages lorsque je vous remplace par une plus flatteuse conquête ! Et les rieurs de la veille d'applaudir le joli tour de passe-passe... Un jour je sors avec la poupée de chiffon, le lendemain avec la poupée de porcelaine. On me raille lorsque j'ai le torchon à mon bras, on se rallie chaudement à ma cause quand la serviette est pendue au cou.

En votre compagnie, que d'heureuses je fais ! Je brille et fais briller à bon compte, mettant en valeur des femmes qui sans votre voisinage se seraient senties bien médiocres. Votre présence accentue les contrastes. Tout votre art est là. Une vierge commune devient princesse à vos côtés. Elle se sent belle comparée à vos traits caprins, à votre silhouette bovine, à vos charmes de camélidé. Son hymen en devient plus accessible, considérant elle-même sa déchirure non plus comme une infamie mais ainsi qu'un authentique honneur.

Vous êtes un chef-d'oeuvre de laideur. Votre tête terne fait devenir soleil la simple provinciale. Votre disgrâce fait rayonner la commune lessiveuse. Votre naissance de misère donne aussitôt du prix à l'ordinaire courtisée. Bref, votre difformité fait plaisir à voir.

Sortez toujours plus de l'ombre. Continuez à me servir de faire-valoir, à être celle qui fait jaser. Soyez fière de m'accompagner.

Ne maudissez pas votre sort surtout : votre laideur est pour les autres un cadeau.

Raphaël Zacharie de Izarra

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3 - Laide et luxurieuse

Je connus une authentique vieille fille. Laide, acariâtre, avaricieuse, hypocrite, pieuse comme une pierre ponce. Un vrai rabat-joie, un cafard portant chignon, un coeur et un hymen rigides. Bref, une femme comme une figue séchée. Et bien entendu, vicieuse à faire tressaillir le Diable, en bon laideron qu'elle était.

Je la déflorai. Autant par défi à ses moeurs que par amusement d'esthète. Durant l'acte la puritaine se comporta en putain. C'est ainsi qu'après le procès charnel, l'apôtre de la fausse vertu devint enfin femme. Mais seulement sur le plan clinique, car le silex qui lui tenait lieu de coeur était toujours aussi aiguisé.

Se désolant de la perte de sa chère virginité, elle se répandait en fiel, semant sa haine stupide sur le monde et les amants qui le peuplent, tout en maudissant la faiblesse de ses sens, allant même jusqu'à insulter sans remord ce Ciel qu'elle chérissait tant en temps ordinaire ! Cependant elle se délectait secrètement à l'évocation du sceptre profanateur qui avait si délicieusement exploré ses terres vierges... En se logeant dans son temple féminin, le mâle poignard avait définitivement atteint son âme de damnée.

L'écume du plaisir lui avait laissé un goût immodéré dans le coeur.

Elle était déjà laide, sèche, sotte et méchante. Au contact de la chair virile elle était devenue perverse, insatiable, avide de stupre.

En l'espace d'une heure, elle changea radicalement. Ses habituels chapelets ne meublaient plus son coeur aride. Il lui fallait à tout prix boire à la coupe du mâle. L'ivresse des sens était devenue sa seule quête : elle avait une éternité d'abstinences à rattraper.

C'est ainsi que la bigote devint la plus fameuse catin de toute la contrée, la pire traînée de la paroisse. Mais seulement en réputation et non dans les faits car nul amant ne voulait perdre haleine entre des bras aussi osseux, contre des flancs aussi atrophiés, en face de traits aussi ingrats. Si bien que je fus son seul et unique amant une heure durant.

Elle mourut inassouvie et fielleuse, seule et laide.

Raphaël Zacharie de Izarra

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4 - Laide et débauchée

J'aimais la regarder passer sous ma fenêtre : sa laideur était un vrai spectacle. J'avais sur elle le regard féroce et cynique du collectionneur blasé. La beauté ayant fini par me rendre indifférent, il me fallait un autre passe-temps pour satisfaire mes sens émoussés.

Je ne manquais jamais une occasion de faire battre mon coeur carnassier sur le dos de cette bossue dépravée. Précisons que cette gueuse était incroyablement stupide et foncièrement méchante, ce qui me dédouanait complaisamment. Les rires cruels que je lui destinais, moi seul pouvait les savourer. Oisif insolent et dandy rompu aux vices mondains, j'avais besoin d'exotisme, de piment pour mon âme en quête de nouvelles ivresses.

Discrètement je la regardais passer sous ma fenêtre avec sa bosse sur le dos. A travers les rideaux de soie qui me préservaient de la vulgarité du dehors, elle paraissait comme un suaire : affreuse et morbide. Maquillée de manière outrageuse, une cigarette bon marché entre les lèvres, elle était plus laide que jamais. Sa toilette d'un goût douteux trahissait des moeurs éhontées. Je l'entendais maudire les hommes, les femmes et les chiens errants. Elle insultait, crachait, aboyait.

Entouré des lambris recherchés de ma demeure, la contemplation de sa laideur me comblait de satisfaction. Cette femelle déchue réunissait en elle toutes les infirmités humaines : c'était un chef-d'oeuvre de désolation, comme un champ de bataille après le combat.

La défaite, l'ombre et l'abîme peuvent être choses émouvantes, belles à mettre en scène sous forme de musique, de mots, d'images... L'évocation de la mort n'est-elle pas exquise lorsque l'artiste en fait un requiem ? La misère n'inspire-t-elle point les peintres ? Le "Radeau de la Méduse" peint par Géricault finirait de convaincre mes détracteurs, si j'en avais encore. De même la tristesse inspire l'archet du violoniste mieux que ne saurait le faire la plus sincère allégresse.

Bref, j'avais trouvé là la muse hideuse nécessaire à mon inspiration d'esthète. Et je chantais, chantais, chantais à n'en plus finir sa laideur, ses vices et sa sottise ...

Et mon chant de sybarite prenait la forme de railleries, de quolibets, de sarcasmes, de traits d'esprit fins, joyeux, redoutables... Et infiniment divertissants.

Raphaël Zacharie de Izarra

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5 - Laide et méchante

Mademoiselle Dulcinée était une jeune fille fort laide, paysanne de son état qui vivait seule dans sa ferme. Et comme si cela ne suffisait pas, son coeur était rongé par les vers de la haine. La médisance était son pain quotidien, le fiel son vin du matin, l'amertume sa soupe du soir. Son âme venimeuse se nourrissait de la boue et des crapauds qui s'y vautrent. Nul ne l'aimait. Pas même ses cochons qu'elle martyrisait pour son plaisir odieux.

Un jour un galant de passage, qui devait avoir des goûts douteux quant aux femmes, fit irruption dans la vie misérable de Dulcinée. Peut-être un esthète dégénéré, à moins que ce ne fût un pauvre diable ivre mort... Bref, ils passèrent la nuit ensemble dans le fumier de l'étable. Ce qui était d'ailleurs là bien le genre de Dulcinée.

Le laideron perdit donc sa virginité entre l'âne et le boeuf. L'on aurait put s'attendre à ce que cette initiation aux émois de l'âme et de la chair adoucisse les moeurs de l'infâme... Il n'en fut rien. Curieusement, ni les tendresses de l'amour ni les vertus séminales n'opérèrent de miracle dans l'étable. Au contraire, après cette nuit passée dans les bras de son amant Dulcinée était devenue encore plus méchante qu'à l'accoutumée.

Après cela, allez donc comprendre les vieilles filles laides et méchantes !

Raphaël Zacharie de Izarra

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6 - Le plaisir des bigotes

Plus que toutes autres femmes, les bigotes abstinentes aiment se donner du plaisir. Enhardies par la honte, excitées par l'effroi des feux infernaux, elles s'adonnent sans retenue à d'inavouables passions charnelles. Entre les bigotes et la vertu, c'est une grande, une brûlante, une pitoyable histoire : la haine.

Les bigotes décaties portent des masques de toute beauté, des dessous honnêtes, chastes, s'enroulent des chapelets rutilants autour de leurs doigts gracieux. Elles sont laides dans leurs églises, laides dans leurs maisons. Les curés peuplent leur imaginaire érotique, et les vierges en plâtre des églises sont leurs derniers garde-fou. Quant aux vierges en plastique ramenées de Lourdes, ce sont leurs petits diablotins. Indulgentes envers le péché, le Mal, les concessions et la licence la plus éhontée, elles ne supportent pas la pleine lumière.

Chez elles la pénombre est propice aux confessions des pires péchés. Leur sexualité portée en sacrifice est leur passion, un calvaire délicieux. Digne d'une procession, pensent-elles... Ce sont des vestales à la flamme absente, au coeur décharné, à la voix suraiguë qui les fait chanter si bien à la messe. Leur hypocrisie jacassière est une sorte de chef-d'oeuvre balzacien. On pourra trouver délectable leur satané chignon, désirables leurs courbes diaboliques, charmants leurs crucifix comme des petits amants d'acier... Leur âme cependant brille comme une éclipse de soleil. Leur toilette est provinciale, leur coeur sec, leur chair maudite. Et leurs moeurs sont dissolues, ne nous leurrons pas.

Bref, ces misérables qui hantent les églises sont les pires dépravées de notre société.

Raphaël Zacharie de Izarra

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7 - Les vieilles filles

J'aime les vieilles filles. Et lorsqu'elles sont laides, c'est encore mieux.

Les vieilles filles laides, acariâtre, bigotes ont les charmes baroques et amers des bières irlandaises. Ces amantes sauvages sont des crabes difficiles à consommer : il faut savoir se frayer un chemin âpre et divin entre leurs pinces osseuses. Quand les vieilles filles sourient, elles grimacent. Quand elles prient, elles blasphèment. Quand elles aiment, elles maudissent. Elles considèrent leurs plaisirs comme une soupe vengeresse qui les maintient en vie. Elles raffolent de leur potage de fiel et d'épines. Tantôt glacé, tantôt brûlant, elles avalent d'un trait leur bol de passions fermentées. Les vieilles filles sont perverses. C'est leur jardin secret à elles, bien que nul n'ignore leurs vices.

Les vieilles filles sont des amantes recherchées : les esthètes savent apprécier ces sorcières d'alcôve. Comme des champignons vénéneux, elles anesthésient les coeurs, enchantent les pensées, remuent les âmes, troublent les sangs. Leur poison est un régal pour le sybarite.

L'hypocrisie, c'est leur vertu. La médisance leur tient lieu de bénédiction. La méchanceté est leur coquetterie la plus naturelle. Le mensonge, c'est leur parole donnée. Elles ne rateraient pour rien au monde une messe, leur cher curé étant leur pire ennemi. Le Diable n'est jamais loin d'elles, qui prend les traits de leur jolie voisine de pallier, du simple passant ou de l'authentique Vertu (celle qui les effraie tant). Elles épient scrupuleusement le monde derrière leurs petits carreaux impeccablement lustrés. Elles adorent les enfants, se délectant à l'idée d'étouffer leurs rires. Elles aiment aussi beaucoup faire la conversation avec les belles femmes : c'est pour elles une vengeance subtile que de s'afficher en flatteuse compagnie tout en se sachant fielleuses, sèches, austères. Elles portent le chignon comme une couronne. C'est là tout leur orgueil de frustrées.

Oui, j'aime les vieilles filles laides et méchantes. A l'opposé des belles femmes heureuses et épanouies, les vieilles filles laides et méchantes portent en elles des rêves désespérés, et leurs cauchemars ressemblent à des cris de chouette dans la nuit. Trésors dérisoires et magnifiques, à la mesure de leur infinie détresse. Contrairement aux femmes belles et heureuses, elles ont bien plus de raisons de m'aimer et de me haïr, de m'adorer et de me maudire, de lire et de relire ces mots en forme d'hommage, inlassablement, désespérément, infiniment.

Raphaël Zacharie de Izarra

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8 - Le laideron et le gant blanc

Elle était laide et perverse, pauvre et vicieuse, propre sur elle et méticuleuse. Elle n'aimait personne et était cruelle envers les animaux. Surtout envers ses cochons qu'elle engraissait avec rage et vanité. Du matin au soir elle épiait ses voisins, sans cesse en quête de ragots à colporter dans le village. Ou de médisances à semer dans les coeurs...

Un jour elle tomba amoureuse d'un aristocrate tout de blanc ganté, au teint blafard, à la mine hautaine et qui parlait avec l'élégance des gens nés dans l'opulence et la religion. Mais le hobereau qui ne manquait pas de cruauté lui non plus, l'ignorait parfaitement et s'amusait même de ce chiffon humain tentant de faire la poupée. C'était pitoyable et ridicule, pathétique et vain. Enfin, le spectacle était particulièrement savoureux pour l'oisif blanc-ganté.

Elle était si éprise de ce beau sang désoeuvré et arrogant qu'elle lui déclara un jour sa flamme en pleine face, droit dans les yeux. Le jeune et beau seigneur offensé par tant d'insolence lui répondit par une gifle assénée du bout de son gant blanc. La gueuse s'en retourna à ses cochons, piteuse, le coeur plein de fiel, jurant qu'on ne la reprendrait plus à succomber aux charmes des gens de château.

Au moins aura-t-elle appris que dans ce monde on ne mélange pas les torchons avec les serviettes.

Raphaël Zacharie de Izarra

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9 - La pucelle et le bossu

Une pucelle perverse tentait vainement de séduire un bossu vertueux. Elle le harcelait de ses charmes, elle qui était jeune et belle. Lui se complaisait dans le jeûne, l'abstinence, la prière. Non content d'avoir une bosse sur le dos, le vieil homme contrefait grimaçait comme un singe du matin au soir. Il avait les yeux globuleux à souhait, la voix rocailleuse et les doigts osseux. Et pour couronner le tout, il chiquait comme un hérétique. Inutile de préciser que sa chique le faisait baver comme un boeuf. Une sorte de liquide jaunâtre et épicé suintait de ses lèvres pour se répandre et s'incruster le long de sa chemise crasseuse. La chique était d'ailleurs sa seule faiblesse. En dehors de ça, c'était un vrai moine.

Un jour la belle, lasse de se voir si longtemps tenue en échec par le vieil ascète entreprit de déployer les grands moyens. Elle vint frapper à la porte du bossu en tenue légère. D'habitude elle lui faisait des propositions indécentes en chapeau de paille ou en crinoline. Là, elle n'était vêtue que de voiles transparentes et de dentelles cousues d'or fin. Autant dire qu'elle ne dissimulait rien de ses appas. Mais le vieux au lieu de sa chair femelle ne voyait que la richesse de ses atours. La pucelle portait la toilette d'une fille de la ville, et c'est cela surtout qui éblouissait le bossu.

Dédaignant la cuisse et le tétin, il écarquillait les yeux devant l'étalage de ces apparats textiles. Il regardait les voiles de la pucelle comme un fripier jauge la qualité d'un tissu. Tant et si bien qu'il lui proposa de les lui acheter. Précisons pour comprendre la finesse de cette histoire que le bossu était un ancien tailleur, et que par conséquent il s'y connaissait en matière de broderie. Et aussi en affaires.

C'est ainsi que la pucelle sortit de chez le bossu toute nue, les mains pleines d'écus. La rumeur fit du bossu un Casanova et de la pucelle une voleuse.

En vérité le bossu vertueux avait tout simplement fait une bonne affaire en revendant à prix d'or les voiles et les dentelles au Diable (qui comme on le sait collectionne les souliers et les rubans des vierges débauchées), tandis que la pucelle perverse avait accepté de prendre froid contre une poignée de finances.

La réalité est aussi simple que cela.

Raphaël Zacharie de Izarra

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10 - Le bossu vicieux et la belle naïve

Un jour un vieux bossu décida de briser son couple en prenant des amantes. Précisons que cet homme contrefait fut séduisant dans sa jeunesse. Avec l'âge il était devenu non seulement repoussant sur le plan physique, mais également odieux par son caractère.

Ses amantes étaient aussi laides et vieilles que lui. Sauf une qui s'appelait Vertu.

Cette amante était jeune et singulièrement belle. D'une beauté inaltérable. Elle aimait le vieux bossu d'un amour sincère et profond. Vertu était chaste par conviction, quoiqu'elle fût élevée chez les cochons. Elle était naïve, avec un coeur pur. Faiblesse dont abusait sans le moindre scrupule le bossu vicieux. Si bien que Vertu perdit bientôt sa virginité.

Le bossu qui était cruel et très avare se faisait inviter à l'auberge par Vertu et en profitait par la même occasion pour aller trousser les jupons de la pauvre servante. Lorsqu'un jour il mit la gueuse enceinte, le maître de l'auberge la battit avant de la renvoyer sans pain ni écu, ce qui réjouissait le bossu qui cherchait sans cesse à faire le mal pour le plaisir de faire le mal.

Voyant cela Vertu décida de quitter le bossu qui n'en prit pas ombrage. Ce dernier s'en retourna vers sa légitime épouse, lui signifia qu'il convoitait son hymen, bien qu'elle fût vieille et laide, et tout rentra dans l'ordre. Il garda cependant ses autres amantes.

Ainsi sa vie n'était que laideurs, vices et vilenies.

Raphaël Zacharie de Izarra

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11 - Une idylle

Elle était jeune, grande, blonde, fine. Belle.

En fait non, elle n'était pas belle. Elle était laide.

Elle n'était pas fine, mais sèche. Pas grande, mais osseuse. Pas blonde, mais artificielle. Ceci dit, elle était jeune, bien qu'elle fût déjà vieille dans sa tête : c'était une authentique vieille fille. Un vrai épouvantail. Personne ne la courtisait. Sauf la pluie, le vent et le chiendent. Elle n'avait vraiment rien pour elle parce qu'en plus d'être laide, elle était pauvre, orpheline, sans avenir. Née sous une bien triste étoile.

Sa vie n'était que déceptions, tristesse, amertume. Cette pauvre femme avait cependant un jardin secret comme tout un chacun. L'on aurait pu s'attendre de sa part à quelque beau rêve consolateur... En fait elle était perverse, vicieuse, scélérate. Elle ne cultivait que vengeance, haine, médisances, maudissant autant son infortune que ses voisins.

Un jour elle fut condamnée par un tribunal pour l'envoi de lettres anonymes calomnieuses. Lors du procès, elle trouva vite le parfait écho de sa perversité en la personne du greffier. C'est pourquoi elle fut enfin aimée, la plus aimée des femmes.

Par le préposé au greffe.

Raphaël Zacharie de Izarra

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12 - Belle et cruelle

C'était une diablesse.

Personne ne l'aimait, tous les hommes l'adoraient. Elle était méchante, perverse, adorable, irrésistible : un coeur de silex et des doigts de fée, des yeux de biche et une langue de vipère, un corps de vestale et du venin dans les veines.

Elle était faite pour le mal et l'amour, pour les larmes et les plaisirs. Elle avait le sourire ingénu, l'oeil aguicheur, la voix suave... Et du sang sur les mains.

Elle brisait les coeurs autant que les os de volaille sous ses dents. Chez elle le sourire chaste se changeait vite en propos carnassiers. Ses amants étaient ses jouets. Son jeu favori : casser les mâles pantins qui se traînaient à ses pieds. Elle était si belle qu'on lui pardonnait tout. C'était une Diane sans coeur qui chassait pour le plaisir de tuer. L'amour était son passe-temps impitoyable. Elle abusait de son charme, servant la cause de son âme sans foi ni loi.

Sa beauté était ensorcelante, maléfique. Avec ses regards félins, ses allures d'orientale et ses savantes roucoulades, elle mettait le feu dans les maisons paisibles, semait la discorde chez les honnêtes gens, faisait tourner la tête aux étudiants, détournait du droit chemin les jeunes époux, faisait manquer la messe aux plus encrassés des vieux garçons...

Elle aimait pour mieux tromper, bafouer, blesser. Elle corrompait les corps par vice, ruinait les coeurs par plaisir. Ses amants lésés ne cessaient de chanter ses grâces. Ils souffraient avec joie ses caprices, la chérissaient avec ardeur, la servaient avec zèle. Tous l'adoraient et chacun la maudissait.

La belle était vraiment cruelle. Mais la cruelle était si belle...

Raphaël Zacharie de Izarra

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13 - La défaite de la laideur

Il était une fois deux soeurs, Cunégonde et Julie. Cunégonde était la fille la plus laide du canton, tandis que sa soeur Julie était belle comme le jour. Monsieur de la Tricouille, qui était le garçon le plus charmant de la contrée, convoitait la main de la belle Julie. Les choses étaient décidément bien faites car Julie aimait secrètement le jeune hobereau. Précisons que le jeune Monsieur de la Tricouille était monté comme un âne.

Cunégonde savait pertinemment que sa soeur était l'objet des feux du jeune homme, cependant elle avait elle aussi des vues sur le bel arrogant, bien que sa cause fût désespérée. Elle savait également par ouïe dire que Monsieur de la Tricouille était monté comme un âne. D'ailleurs tout le canton le savait. Un jour Cunégonde interrogea sa soeur, la belle Julie :

- Ma soeur, vous qui êtes belle à faire pâlir l'astre du jour, vous l'élue d'entre toutes les grâces, savez-vous que j'espère goûter à la trique de Monsieur de la Tricouille, bien que je sache que son coeur ne m'est hélas ! pas destiné ? Pour une fois, il ne sera pas dit qu'en amour la beauté remportera les suffrages. Le combat injuste et inégal qu'elle mène depuis toujours pour défendre sa cause a assez duré. A travers moi, la laideur doit prendre sa revanche. Moi aussi j'ai besoin de me faire agrandir le fond de la culasse par le chibre d'âne de Monsieur de la Tricouille.

- Cunégonde ma pauvre soeur, vous êtes vraiment bien trop laide pour que Monsieur de la Tricouille daigne vous foutre sa grosse triquapute dans le fond des tripes. Il a du goût ce joli, et je gage qu'il vous rira au nez sans autre forme de procès dès que vous lui dévoilerez vos desseins.

- Julie, vous êtes bien belle et c'est vrai que tous les garçons du pays brûlent de vous perforer l'hymen avec leur braquemart, cependant serez-vous à même de recevoir l'énorme triquaille de Monsieur de la Tricouille soit dans la culasse soit dans la tripaille ? Je vous rappelle que ce sacré foutu couillu est le garçon le mieux monté de toute la contrée. Quand on a affaire à un âne comme Monsieur de la Tricouille, apprenez que la beauté seule ne peut suffire à le contenter ma soeur. Encore faut-il avoir le coeur disposé ainsi que les trous à baisaille adéquats.

- Et vous estimez peut-être que je n'ai point ce qu'il faut de ce côté-là, Cunégonde ma soeur ?

- Parfaitement, belle Julie. Je vous juge incapable de recevoir dignement la grosse triquaille de Monsieur de la Tricouille dans le fond de la tripe, encore moins dans le trou à purin étant donné que vous avez le cul bien trop serré ma jolie. Bref, vous êtes bien trop prude pour vous faire arranger les trous à baisaille par Monsieur de la Tricouille, le beau couillu doté d'un braquemart du diable.

- Cunégonde, vous êtes non seulement laide, mais encore fort vile.

- Julie ma soeur vous êtes certes belle, mais infoutue de vous faire arranger les tripes par Monsieur votre aimé, alors que moi je le puis.

- Et qu'en savez-vous ma soeur ?

- J'en sais que Monsieur de la Tricouille qui est monté comme un âne en a plus dans la frocaille que vous n'en avez dans les jupons. Monsieur de la Tricouille me baisera moi plutôt que vous. Foi de Cunégonde !

La morale de cette histoire est sauve puisque Cunégonde ne fut jamais baisée par Monsieur de la Tricouille qui préféra encore offenser la beauté et l'innocence avec son énorme chibre d'âne plutôt que de rendre hommage à la laideur.

Raphaël Zacharie de Izarra

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14 - La belle ambiguë

Ses cheveux clairs cascadent le long de ses épaules et font autour de son visage une parure solaire. Son teint est frais, sa joue plate, son front lisse. Sur ses lèvres, un sourire de femme : cosmétique de luxe et dentition éclatante. De la dentelle habille son épaule, de la soie couvre son sein, des diamants pendent à son cou.

Elle est jeune, fine, blonde.

Mais fort laide.

Raphaël Zacharie de Izarra

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15 - L'oeuvre du temps

Elle avait un nom unique : Rosemonde-Aimée.

L'image de mon premier amour me revenait en mémoire, tandis que je flânais sur le port. L'air doux du printemps, l'écume, la brise m'amenaient naturellement au souvenir de Rosemonde-Aimée, la seule étoile de ma vie. Rosemonde-Aimée, joyau pur de ma jeunesse, ange descendu sur Terre, Amour virginal...

On s'était juré mille sornettes sur la plage. Serments ingénus de l'âge pubère... Nous nous perdîmes de vue, elle m'oublia, se maria sans doute. Trente années s'étaient écoulées. Je ne l'avais plus jamais revue. Dieu seul sait ce qu'elle est devenue aujourd'hui.

Je me remémorais avec tendresse nos étreintes sous les étoiles. Chastes, exaltées. Rosemonde-Aimée avait toujours représenté pour moi l'Amante. C'était une gazelle, une créature linéale, éthéréenne, évanescente. La grâce incarnée. Elle avait une voix comme le chant de la mer, des flots d'or pour toute chevelure, de l'azur dans le regard. Une écume sur les lèvres aussi : promesse d'un baiser qu'elle ne me donna jamais.

Des cris stridents me sortirent de ma rêverie : une espèce de monstre femelle s'agitait à quelques mètres de moi. Enorme, rougeaude, hideuse. La vendeuse de poisson penchée sur ses cageots extirpait les viscères de sa marchandise tout en hurlant sur son mari ivre qui tentait maladroitement de justifier son état.

Négation parfaite de l'Amour, la femme m'inspirait dégoût, pitié. Le spectacle était pittoresque, affligeant, grotesque. L'hystérique agonisait d'injures son mari penaud, minuscule à côté d'elle. Elle avait une cigarette jaune aux lèvres, des mains d'ogresse, une poitrine titanesque. Une vraie caricature "cunégondesque". Le tue l'amour par excellence.

Comment cette femme avait-elle pu inspirer de l'amour à cet homme, me demandais-je ? Elle fut donc jeune et attirante elle aussi ? En voyant ce mastodonte, j'avais peine à m'imaginer la chose ! Comment en était-elle arrivée à ce degré de déchéance ? Quelle dégradation s'étalait devant moi ! Après m'avoir amusé trente secondes, la vue de cette vendeuse de poissons me fit ardemment désirer me replonger dans ma quiète rêverie...

Le souvenir de Rosemonde-Aimée agissait comme un antidote face à ce spectacle, un baume contre l'horreur de cette scène.

Je poursuivis mon chemin le long du port, faisant semblant d'ignorer la mégère lorsque je passai à sa hauteur. Je hâtai le pas. Derrière moi j'entendais de loin en loin les éclats de voix du phénomène.

Soudain, je blêmis.

Son mari, après avoir lâché quelques jurons, nomma l'acariâtre épouse. Cette femme, était-ce possible que... Il la nomma distinctement, et c'était inconcevable à entendre. A chaque fois que je repense à ce nom prononcé par l'ivrogne s'adressant à sa femme, un frisson terrible m'envahit. Je l'entends encore :

- Ben moué je vais te dire ! Tu vaudras jamais l'vin que j'déglutis tous les jours pour mieux oublier ta face de beuglante, tu m'entends la Rosemonde-Aimée ?

Raphaël Zacharie de Izarra

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16 - Le sort et la fortune

L'aristocrate était marié à une sorcière.

Il était jeune, beau, galant. Elle était vieille, laide, méchante. C'était un mariage de raison : l'or avait présidé à leur hyménée. Une fortune pour tout dire.

Elle passait ses journées à maudire ses semblables, à cuisiner des recettes horribles dans son chaudron, à étriper des poulets. Lui, lisait des vers, rêvait dans les chemins, déflorait des pucelles.

L'épouse si joliment dotée valait bien quelque sacrifice, se disait le hobereau. Aussi le soir s'acquittait-il consciencieusement de son devoir conjugal, bien qu'il fermât les yeux pour ne point voir la grimace de l'amante qui lui tenait lieu de visage. Il l'aimait cependant beaucoup : durant l'acte il songeait aux tintements argentins des écus, ce qui lui donnait des ardeurs nouvelles. Des mots d'amour sortaient de sa bouche : il parlait pourcentages, taux d'intérêt, rentes...

La chambre nuptiale résonnait de chiffres tendrement soupirés. Dans le noir les rêves bancaires du hobereau conféraient beauté à l'épousée. Alors l'aristocrate rouvrait les yeux, les plongeait dans ceux de sa femme et y trouvait des diamants qu'il convertissait aussitôt en écus, mentalement.

Ainsi les jours du jeune homme furent heureux, lui qui porta le doux fardeau de l'or. Ceux de sa femme furent affreux : elle perdit un poumon lors d'une maladie héréditaire. Puis un cancer la rongea par le bas. Elle s'en sortit après d'atroces douleurs. N'importe ! Le sort lui fut autrement fatal : elle chuta d'un cheval lancé au galop, lui-même renversé par un bourgeois ivre qui traversait la route avec son gros âne. La tête de la rescapée du cancer cogna contre le coin d'une statue antique qui traînait sur le bord du trottoir. Son crâne ne résista pas au choc contre l'objet d'art.

Elle mourut après 33 jours d'agonie.

Raphaël Zacharie de Izarra

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17 - Quand le chardon se fane

Elle était aimable, vertueuse, fort intelligente, cultivée, douée pour les Arts, les sciences, et même pour la cuisine, mais affligée d'une rare laideur. Nul ne la courtisait, à part ses précepteurs et son curé car, rappelons-le, c'était une femme éprise de connaissances et de religion. De plus ces commerces étaient assez chastes, on le conçoit.

Il ne lui restait que le bedeau pour satisfaire ses aspirations amoureuses. Lui-même, bien qu'il fût l'idiot incontesté du village, n'en était pas moins agrégé de philosophie, pédant à l'envi, hérétique faute de mieux et foncièrement mauvais. Mais surtout, aussi contrefait qu'elle était repoussante.

Elle lui offrit son coeur. Il le refusa, préférant prendre son hymen. Après moult hésitations elle finit par accepter de se faire déflorer les voies vaginales par l'agrégé moyennant la conversion de ce dernier à la cause pie. Le marché ne déplut point au paillard. Après un mariage sans faste ni dépens, elle devint acariâtre, sotte et fielleuse, délaissant Arts et sciences, et même religion.

Au bedeau mariée, de ses livres séparée, de son amabilité débarrassée, mais toujours aussi laide elle était.

Raphaël Zacharie de Izarra

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18 - Berthe a manqué sa chance

Le baron s'ennuyait avec ses sempiternelles conquêtes, toutes créatures de choix. Blasé de ces mornes vénustés, il décida de séduire un laideron : la repoussante Berthe constitua sa plus odieuse idylle.

Elle le charmait avec ses maladresses, sa physionomie simiesque, ses allures grotesques, ses disgrâces divertissantes, sa sottise congénitale, son hymen sans intérêt.

Elle devint sa favorite. Le baron aimait s'afficher au château en si haïssable compagnie. Berthe était son bouffon. Jusqu'au jour où une fée aimable transforma le petit canard en cygne.

Berthe pris son envol, quitta le baron pour aller pondre un oeuf dans un nid autrement plus douillet. L'oiseau élu fut Monsieur le curé tout de noir vêtu. Un pieux bossu qui aima avec charité la belle Berthe, ex laideron.

Entre temps l'oeuf avait éclos. En sorti un baronnet à clochettes. On accusa le curé d'avoir engrossé la belle, anciennement laide. Il nia mollement, adopta le morveux à sonnettes et vécu longtemps avec l'argent des quêtes, la Berthe -qui avait été si peu plaisante jadis- , sa bosse et le bâtard à grelots qui fut finalement appelé "Gaspard".

Ce dernier devint bouffon officiel du roi vers l'âge de 47 ans.

La morale de cette histoire, c'est que les fées aimables devraient s'occuper du suivi de leurs protégés qui ne savent pas toujours tirer les meilleurs profits de leurs coups de baguettes.

Raphaël Zacharie de Izarra

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19 - Le vice masqué

Miss Gulch,

J'aime vos airs d'hypocrite, votre col étriqué, votre maintien ridicule, votre voix stridente de vieille fille abstinente. Votre méchanceté est un vrai théâtre. Je ris de vos malheurs. Votre hymen irrémédiablement clos fait la joie des railleurs. Il est le frisson délicieux des enfants qui vous croient sorcière. Il est la rumeur tapageuse des soirs d'hiver...

Votre voile intact Miss Gulch est un hymne à la littérature.

J'aime vos moeurs désuètes, votre missel poussiéreux, votre morale irréprochable. Votre personnage est d'autant plus savoureux que je devine vos désirs inavouables. Je sais ce que dissimulent vos artifices. Je connais la valeur de votre moralité. Je n'imagine que trop les secrets de votre coeur frustré....

Vous êtes une vraie bigote ainsi que je les aime : derrière votre livre de messe vous frémissez d'aise en songeant à ces lurons musculeux entr'aperçus à l'entrée de l'église, hache à la main, l'oeil canaille. Vous rosissez parfois devant votre jeune curé que vous trouvez tellement efféminé... Vous n'osez pas toujours regarder le corps de votre cher Christ étendu sur la croix : sa nudité offense votre chapeau si chaste. A moins qu'elle n'en fasse sortir de drôles d'idées...

Vieille chouette décatie, caqueteuse au plumage terne, glaneuse de mauvaises nouvelles, vous ne rêvez en réalité que d'étreintes impies, de corps à corps endiablés, d'ébats charnels éhontés. Vous aimeriez tant goûter à cette ivresse amoureuse que vous honnissez si furieusement, tout haut...

Mais vous êtes laide Miss Gulch, laide et déjà trop vieille. Continuez plutôt à égayer nos conversations au coin du feu, continuez à chanter sous la lune vos cantiques avec cette voix suraiguë qui fait frémir les enfants, fuir les amants.

Et leur fait aimer encore plus les jolies femmes.

Raphaël Zacharie de Izarra

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20 - Lyre des mots

Du jour au lendemain, je m'épris de la fille du maire. Non qu'elle fût particulièrement jolie, vertueuse, spirituelle ou aimable... Bien au contraire. Elle était à l'extrême opposé de telles qualités. Elle était surtout une source inépuisable d'explorations littéraires pour moi. Une muse maudite en quelque sorte. Elle savait m'inspirer les plus beaux textes.

A ses côtés, ma plume s'éveillait comme par enchantement, plongeant avec une insatiable frénésie dans quelque abîme fécond de son être. Je devenais papillon aux ailes vénéneuses, puisant chez cette créature trouble mon suc quotidien. Je m'abreuvais de sa fange, et lui restituais une exquise pourriture. Elle lisait avec délectation et sotte gravité mes textes, flattée de se savoir l'égérie d'un si estimable peintre des âmes.

Sous ma plume odieuse, j'accentuais ses défauts, lui faisais endosser les pires forfaits, la grimais de mille façons infâmes. Elle était ravie : c'était la première fois qu'on lui parlait d'amour.

Je finis par l'aimer avec une sincère cruauté : sa laideur, sa stupidité, sa méchanceté, ses vices m'étaient trop chers pour que j'acceptasse de voir un jour fleurir ce chardon. Il fallait que j'entretienne la friche, sous peine de stérilité littéraire.

En faisant de la fille du maire la plus grosse cloche de la contrée, mes mots pour la raconter n'avaient jamais aussi bien sonné.

Raphaël Zacharie de Izarra

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21 - Mademoiselle Alphonsine

Mademoiselle Alphonsine était une jeune fille coquette, cruelle, intelligente, fielleuse. Accoutumée à la dentelle et aux fanfreluches, elle ne supportait ni la modestie, ni la médiocrité. Consciente de sa beauté, elle s'appliquait à en tirer profit à la moindre occasion.

Son grand frisson, c'était de rayer d'un magistral coup de poignard l'échiquier de l'amour au moment où ses pions s'y attendaient le moins. Elle s'amusait à décocher ses flèches vénéneuses vers les coeurs les plus sains, mais aussi les plus en vue : séminaristes, bedeaux, fils de bonne famille, tous tombaient sous l'exquise blessure. Et évidemment, tous en payaient les frais...

Elle récoltait avec grande délectation les fruits odieux de ses intrigues : chantages, railleries, sérénades forcées, abus divers.

Ce fut mon tour d'être le jouet de la belle (fier châtelain, j'étais digne de son damier). Je rendis donc hommage à la vipère. Mais au moment de recevoir son venin en pleine face, je lui administrai une retentissante paire de gifles accompagnée de ricanements aigus. La surprise fut telle qu'elle ravala son fiel : elle venait de trouver en moi le parfait écho de son ignominie.

Nous nous entendîmes à merveille, croisant avec une rage grandissante et un bonheur sans nuage nos chers aiguillons.

Raphaël Zacharie de Izarra

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22 - Le vice mal vêtu

La vieille fille dont je vais conter l'histoire et que l'on surnommait "Mademoiselle la Diablesse" était non seulement fort laide mais encore très méchante, sotte, cruelle. Voire ignoble. Elle n'aimait absolument personne, frustrée de n'être point née du flanc de Vénus.

Elle battait son chien à heures fixes, médisait sur ses voisins, crachait dans la sébile des mendiants, maudissait son curé, insultait même le Bon Dieu le dimanche à l'église. Parce qu'en plus d'être parfaitement impie dans ses actes, elle était particulièrement assidue aux messes. Fausse dévotion destinée au dieu Hypocrisie...

Rien ne l'amusait tant que d'aiguiser son coeur de silex. Elle était insensible à la souffrance des enfants qu'elle détestait, mais éprouvait une étrange pitié pour les asticots que les pêcheurs utilisaient comme appâts. Elle se réjouissait du malheur de ses semblables, seule consolation à sa misère. Bref, c'était un monstre de vieille fille.

Notons que sa laideur ne l'empêchait nullement d'éprouver les nécessités de la chair qu'une abstinence prolongée et forcée rendait plus vives encore. Mais tout chez elle était décidément corrompu : ses désirs charnels n'étaient que perversités, honte, bassesses... Ses féminins vertiges consistaient en la perspective de saillies brutales et abjectes, exemptes de toute tendresse.

Elle se mit en tête d'attirer de mâles débauchés avec les seuls artifices à sa portée : la cosmétique bon marché. Elle se farda outrageusement. Loin de masquer sa laideur, ce maquillage eut pour effet de la décupler.

Elle se crut désirable et acheva de se dégrader en s'affublant de noires dentelles et de verts souliers. Ainsi parée, son dessein premier fut de faire des avances au bedeau du village qui outre de n'avoir pas son pareil pour faire sonner l'airain, avait surtout la réputation de manier avec art un certain battant...

Elle frémissait à l'idée d'ajouter un son fêlé au concert de cet expert en cloches.

Avec sa tête affreuse, ses membres osseux, ses côtes apparentes, son corps anguleux, elle ressemblait à une longue araignée attendant sa proie. Dès qu'elle vit l'oiseau sortir de son clocher, elle exerça sur lui ses viles séductions.

Mais le brave bedeau qui n'avait de goût ni pour la chair triste ni pour les créatures contrefaites, encore moins pour les épouvantails harnachés de broderies, répondit à ses avances par une paire de gifles magistrales, agrémentées d'un crachat bien ajusté entre ses pommettes ingrates.

La gueuse s'en fut, plus fielleuse que jamais, jurant par tous les diables que la prochaine fois elle dissimulerait ses intentions libidineuses derrière le masque permanent et authentique de sa naturelle laideur plutôt que sous celui d'une mensongère beauté.

Raphaël Zacharie de Izarra

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23 - Conceptions dogmatiques

- Suivi matrimonial après le mariage chrétien -

A l'issue de la première année de mariage le bon prêtre attendra l'enfant né afin de le baptiser au plus tôt, de crainte que sa petite âme ne s'envole sans avoir reçu préalablement le prime sacrement. Le mal étant surtout, non pas de voir le fruit d'un chrétien accouplement périr dans une longue agonie à cause de quelque péché antérieur dont se seraient rendus coupables les parents, mais bien de laisser partir une âme innocente aux enfers.

Si l'enfant meurt dès la sortie du flanc nourricier, le mari n'attendra pas pour engrosser de nouveau son épouse, afin de remplacer le fruit trop tôt tombé. Il le fera également pour la raison essentielle qu'il ne faut pas laisser sans semence, comme une jachère, un ventre jeune encore capable d'engendrer des fruits de Dieu. Un bon chrétien se doit, tant que son épouse demeure vigoureuse, lui faire honneur au moins une fois l'an. On ne saurait à ce sujet trop louer les honnêtes époux qui, dès que leur épouse a enfanté, par quinze, voire vingt fois de suite rendent hommage à leur aimée. Heureuse la famille de Dieu aux membres plus nombreux que les doigts de la main !

Durant le travail des champs la femme grosse ne prétextera point d'être en délicate condition pour se soustraire aux peines : ces dernières sont inhérentes à la condition humaine et nul ne doit, ne peut s'y dérober. Sous aucune condition. Parfois il advient que l'enfant naît aux champs. C'est un bien. La larve humaine respirera ainsi les senteurs de la terre, et celles-ci feront de l'enfant un vaillant croquant, s'il parvient à l'âge puéril sans trop de peine toutefois.

Un ventre sain doit toujours être plein (décret clérical de l'Église Nouvelle). La femme grosse doit s'éveiller aux aurores, afin de ne point mettre au monde un oisif. La femme sur le point de se séparer de son fruit doit en avertir le curé, au cas ou l'être à peine achevé qu'elle mettrait au monde serait débile et sur le point de rendre l'âme, et ce afin qu'il reçoive dans les temps le ministère de Dieu.

Si malgré sa débile constitution l'enfant survit jusqu'aux premières années de l'âge puéril, il n'échappera point aux labours des champs pour autant, surtout s'il est issu d'une famille pauvre et honnête. Soit que ses membres tordus ou que son esprit possédé par le démon de la folie l'empêchent de prendre part avec raison aux travaux des champs, soit que ses pensées infirmes le jettent par les chemins sans que raison ne puisse le résoudre à abandonner ses étranges desseins, on le contraindra par la force à rentrer dans les rangs. Si besoin est, on l'attellera directement à la charrue, aux cotés des bêtes de somme. On l'enchaînera ainsi tout le jour, depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher. Tant qu'il ne se résoudra pas, par sa propre volonté, à dépasser sa constitution débile infligée par la nature, à se forcer, et ainsi à contraindre les forces naturelles à rentrer dans les normes, on demeurera inflexible. Les enfants débiles nés d'unions légitimes se reproduiront entre eux. Les autres, ceux issus d'une union entachée de péché ou bien nés de viol du fait de guerre, ne pourront pas se reproduire, même entre eux. Les bâtards, quant à eux, jouiront, pourvu qu'ils soient baptisés, des mêmes droits en matière matrimoniale que les nègres des colonies. Ils pourront se reproduire avec ces derniers, donnant des fruits aptes au baptême.

Dès la sortie de l'âge puéril, vers 8 ou 9 ans, l'enfant entrera en apprentissage dans la fonction que ses géniteurs auront choisie pour lui. Il y demeurera jusqu'à l'âge de procréer à son tour. Les mauvais sujets endureront les châtiments ordinaires en usage dans chaque catégorie ou corps de métier : les coups de lanières chez le bon laboureur, les pénitences chez le pieux prêtre qui aura pris un enfant à son service, les privations de nourriture chez l'aubergiste... etc. Par temps de guerre on réservera les plus résistants des commis au gros des troupes. Les autres, prieront la charrue au poing ou la fourche à la main pour que la Sainte Église sorte vainqueur de la guerre, et qu'elle écrase les hérétiques avec toute la rigueur biblique requise.

Rendez grâce à l'Église et témoignez du bonheur d'être chrétien. La vie est si belle sous l'autorité cléricale.

Raphaël Zacharie de Izarra

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24 - Une jeune fille honnête

Elle était d'une piété affectée, dogmatique, pontifiante. Elle montrait publiquement sa sainte répulsion pour les hommes, ne manquant jamais une occasion de se signer devant les frivoles railleurs (qui étaient tous des gaillards ne dédaignant pas la cuisse et le giron), façon pour elle de conjurer avec une ostentation bien appuyée les effets qui pourraient corrompre sa chair. Bref, elle ne jurait que par la vertu, l'honnêteté, la continence. On la savait obnubilée par la chasteté.

Suspecte obsession... En réalité c'était une lascive, une débauchée, une vraie diablesse. Hypocrite et infecte. Le jour elle maudissait tout haut les mâles séducteurs, les vouant à la géhenne devant moult témoins, la nuit elle les réclamait avec rage et furie, la braise au corps, le vice dans le sang.

Elle rejoignait alors sa chère église et là, sous le clocher elle se faisait nocturnement saillir par Monsieur le curé qui était encore assez bon pour venir à une heure si indue lui éteindre son petit enfer...

Le lendemain, c'était comme s'il ne s'était rien passé. La dévote adoptait ses attitudes fielleuses de petite pieuse tandis que le pauvre curé était pris d'une surprenante amnésie au point de ne jamais faire la moindre allusion à l'extinction de son femelle brasier.

Respectable avec les notables, putain avec son curé, fausse avec les garçons, la bigote était une fieffée canaille. Assidue aux messes, absente aux noces, ne sortant jamais au grand jour en douteuse compagnie, elle passait encore pour une sainte dans son village. Mais seulement aux yeux des vieilles hanteuses d'églises, qui elles aussi furent jeunes, dévotes et insomniaques.

Raphaël Zacharie de Izarra

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25 - Lettre à une effarouchée

Mademoiselle,

Demeurez quiète puisque je vous promets de ne point accéder à votre hymen à l'heure où j'accéderai à votre huis. Je ne déchirerai point le voile hyménéal de votre appareil génital qui sépare le vice de la vertu.

Vos tissus épidermiques les plus sacrés demeureront intacts, puisque mon système uro-génital ne sera pas stimulé par les mâles effluves hormonaux saintement contenus dans ma glande hypophyse. Dans mon réseau sanguin fluera un sang pur. Ni depuis les capillaires, ni depuis le système veineux secondaire les flots de globules blancs et rouges ne seront déviés vers mon système phallique afin de l'engager à déposer sur quelques-uns de vos ovules sa féconde vitalité.

Je vous le jure Mademoiselle, je ne souillerai pas votre système salpingien avec mes séminipares débordements, ni la couche supérieure de votre épiderme avec mes dépôts sudoraux.

Je me permettrai juste de mettre en contact la partie la plus sensible de mon réseau nerveux labial contre les terminaisons névralgiques de vos tissus pré-digitaux.

Raphaël Zacharie de Izarra

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26 - Abstinences et châtiments

Sa vertu consistait en des puérilités de vieille fille. Elle fréquentait avec assiduité les lieux austères, sombres, humides : caveaux, chapelles décrépites, presbytères aux relents d'hospice. Elle consultait des livres poussiéreux sans intérêt, s'abîmait dans la lecture frénétique de vieux missels, assistait à toutes les messes.

Son honnêteté était légendaire. Elle ne sortait jamais le soir, ne portait que des vêtements de deuil, se détournait naturellement des hommes tant elle avait pris l'habitude de les mépriser depuis ses premières règles. Si bien qu'à quarante ans elle était devenue laide et acariâtre.

Un jour cependant, prise d'une sorte de fureur utérine sans précédent propre aux femelles de son espèce, elle alla exhiber sa nudité sur une plage où nul ne la connaissait, loin de son village natal. Elle se délectait à l'idée d'éveiller de mâles ardeurs au-delà de son clocher.

Elle fit l'effet d'un repoussoir : elle était sèche, osseuse, sans forme. Elle n'avait que de la peau et des épines. C'était une rose sans pétale, une longue tige couverte de piquants, une femme flétrie et anguleuse. Son corps sans appas provoquait le dégoût, la pitié, voire les quolibets. De cette créature accoutumée à l'abstinence, aux concerts des cloches d'églises, au silence des cimetières et aux murmures des confessionnaux, on ne voyait que les côtes qui ressortaient, la peau trop pâle, l'allure étriquée. Cette femme était un squelette, un corps décharné. Même le Diable n'aurait pas voulu d'une si piètre compagne d'alcôve. Elle exposait ridiculement sa poitrine plate aux regards, se déhanchait maladroitement sur le sable, s'ébattait stérilement dans les flots comme si elle voulait rivaliser avec les beautés charnelles qui l'entouraient... Le spectre dansait, tandis que les Vénus doraient au soleil.

Elle retourna dans son village plus fielleuse que jamais, maudissant les hommes parce qu'ils n'avaient pas daigné poser leurs regards concupiscents sur ce qu'elle pensait être un "trésor préservé". Elle se consola en se plongeant de plus belle dans la lecture de ses missels, en usant entre ses doigts de momie ses sempiternels chapelets, en multipliant ses promenades morbides au bord des tombes. Ce qui la rendit encore plus laide, plus honnête, plus vertueuse, plus infréquentable.

Son existence fut un grand désert. La chasteté, la solitude, l'ennui furent ses compagnons de route, les seuls qu'elle admît. Elle mourut dans le plus parfait anonymat sans que son irréductible vertu ait reçu la moindre récompense. On l'inhuma en modestes pompes. Elle fut vite oubliée.

Ainsi en est-il du destin des vieilles filles laides et acariâtres.

Sur sa tombe nul n'alla jamais se recueillir. Sauf moi : je suis allé la visiter un jour. J'ai éprouvé le désir de laisser sur sa sépulture la trace éphémère de mon passage. Je me suis penché sur le marbre médiocre, lentement, solennellement.

Pour y déposer un crachat.

Raphaël Zacharie de Izarra

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27 - La morale amoureuse

J'aimais les rires stridents de la méchante fille, et fuyais les sourires pleins de sérénité de l'aimable couturière. Il faut dire que la pimbêche était belle comme une catin, alors que la chiffonnière était d'une repoussante banalité. La première était une vraie pie jacassière, la seconde une carpe parfaitement dévote. La chipie avait un coeur venimeux qui était loin de me déplaire, alors que l'ouvrière était d'une honnêteté dégoûtante : un vrai tue-l'amour.

Je n'avais de cesse d'admirer la blonde vipère qui s'ébattait joyeusement sous le soleil. Et je maudissais tout haut la terne fileuse chaque fois que je la voyais sortir de son antre. La méchante fille s'amusait parfois à lui cracher au visage. Ce spectacle me réjouissait : c'était la beauté piétinant la laideur. Le triomphe de la joie sur la tristesse.

Le plus comique de l'histoire, c'est que la gueuse avait des vues sur moi. Je lui fis cruellement comprendre que c'était son ennemie, la blonde mijaurée, que je préférais. Je lui expliquai que ses rires aigus, ses éclats de voix fielleux, son front haineux, ses dentelles recherchées, sa toilette osée, sa gorge aérée, sa cuisse dévoilée étaient choses adorables à mes yeux et que je ne voyais rien d'aussi aimable chez celle qui pensait me séduire avec ses chapelets et ses doigts desséchés de laborieuse... Je lui démontrai la vanité de la moralité, de la modestie, de la décence. Face à elle j'étais la preuve vivante de la supériorité des rires perçants des blondes impertinentes sur les sombres sourires des vierges de son espèce.

Je lui expliquai tout cela en présence de la scélérate beauté qui n'en perdit pas une miette. Pour finir je lui crachai au visage au moment où je sentis poindre ses premières larmes. Je n'eus même pas à inviter la jolie hyène à m'imiter : elle me devança et ses crachats recouvrirent les miens sur le visage en pleur de l'offensée. C'était odieux et délectable, ignoble et exquis, infâme et jouissif.

Amants et esthètes, mes frères, récompensons sans compter le vice et la beauté, châtions sévèrement la laideur et la vertu.

Raphaël Zacharie de Izarra

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28 - Un beau spécimen

Mademoiselle,

Vous avez les grâces douteuses des létales amantes. Votre visage est celui d’une vipère, avec des mèches de feu, du poison dans l’oeil et des lèvres de roc. Votre éclat cruel et macabre enchante mon coeur malade. Je suis l’esthète des causes désespérées, vous êtes mon égérie.

J’aime votre regard de sorcière, vos mains de fillette, votre air de menteuse. J’aime vos prunelles de silex, votre vertu de catin, votre voix de flûte. Vous êtes la plus précieuse ivraie de mon harem.

Votre corps de diablesse m’effraie, votre visage de désincarnée me plaît. Votre charme verdâtre fait honneur aux fantômes des cimetières, rend jalouse la Lune, assoiffe les dieux sanguinaires.

Vous êtes belle à regarder, comme un noir scorpion sur le sable. Votre face osseuse, votre allure éthérée, votre joue pâle me font songer à une inhumée. La dentelle vous pare comme un linceul, les soupirs sont vos sourires, et vos sourires ressemblent à un tombeau.

Je vous aime en véritable collectionneur : avec du formol dans le coeur, un précis de grammaire à la main, de la poussière dans le sang. Permettez que, tout de blanc ganté, un lorgnon à l’oeil, je vous contemple derrière une vitre, tel un insecte vénéneux que crève une épingle.

Raphaël Zacharie de Izarra

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29 - Le vice et la laideur

Marguerite était une jeune femme prétendument sage, aimable, sérieuse. Et fort laide. Marguerite se croyait belle parce qu'elle se vêtait de soie cousue d'or. Laide mais luxueusement accoutrée, elle s'admirait sincèrement dans le miroir, s'imaginant un avenir radieux.

Marguerite était riche. Elle avait accumulé tant d'artifices qu'elle en avait fini par oublier, peut-être pire encore, par ignorer en toute bonne foi son authentique et définitive laideur. Ce qui lui permettait d'exercer sans pudeur ses charmes hideux sur la gent ecclésiastique. Marguerite avait en effet un fâcheux penchant pour la soutane. Non contente d'être laide, Marguerite se permettait le luxe d'être une femme dénaturée.

A force de vils harcèlements, de chantages et menaces divers, allant même jusqu'à soudoyer l'évêque en personne (ce que lui permettait sans grande difficulté sa fortune mal acquise) elle parvint à se faire déchirer l'hymen par Monsieur l'abbé de la Coutencière, prêtre éminent et respectable d'une paroisse intégriste de la petite province...

Le scandale fut énorme, si bien que Marguerite dû s'exiler loin de son évêché natal. Son vice semble n'avoir pas de limite puisque, installée dans une autre petite ville de province, elle travaille bénévolement dans un hospice qui accueille de vieux prêtres grabataires.

Raphaël Zacharie de Izarra

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30 - Le tétin de la Vierge

Emile était le bedeau du village, et comme tous les bedeaux de village il était passablement demeuré, mal dégrossi, voire un peu idiot, quoique fort aimable. Toujours prêt à rendre service, il se dévouait tant qu'il le pouvait pour aider, c'est-à-dire dans la mesure de ses moyens, lesquels étaient assez limités. Il était surtout là pour sonner les cloches le dimanche à l'église. Et quand il oubliait de carillonner, ce qui pouvait arriver de temps à autre, c'est lui qui se les faisait sonner, les cloches. C'était d'ailleurs là toute l'affaire de Monsieur le curé qui n'avait pas son pareil pour tonner contre son "fichu bedeau de bon à rien" comme il disait...

Bref, la vie au village s'écoulait, banale et sans heurts pour le brave Emile.

Un jour le curé confia une tâche inhabituelle à son bedeau : il fallait épousseter les statues en plâtre de l'église. Emile se chargea donc de remplir la mission avec une imbécile ferveur, comme à son habitude. Armé de son chiffon et à l'aide d'un escabeau, il s'attaqua sans tarder aux statues naïves qui ornaient les murs décrépis de l'église. Après avoir astiqué quelques saints, il posa bientôt son escabeau devant la statue de la Sainte Vierge. Celle-ci avait le sein dénudé et l'offrait à l'Enfant Jésus dans un geste tout sulpicien. Emile ne s'était encore jamais approché d'aussi près de la Sainte Vierge en plâtre de l'église si haut perchée, pas plus que d'une femme de chair d'ailleurs.

Et pour la première fois de sa vie, un téton de femme avait troublé le bedeau, même si celui-ci n'était qu'un médiocre moulage. Il poursuivit cependant sa besogne en commençant par le haut de la statue.

Mais une fois le visage de la Sainte Vierge dûment, longuement, religieusement nettoyé comme pour retarder quelque honteuse échéance, le chiffon d'Emile arriva inévitablement à hauteur du sein en question, ce tétin qu'il redoutait tant. Il hésitait devant le petit dôme de plâtre... Puis, gauchement il passa son chiffon sur le sein nu de la Vierge. A ce moment précis un phénomène inédit eut lieu dans la tête bornée et fruste du bedeau, un phénomène qui était pour lui un événement d'une immense envergure : il faisait cela comme on caresse pour la première fois une femme, comme on étreint avec émotion cette source intarissable d'ivresses qu'est le flanc nourricier de l'aimée...

Une tempête de passions se leva dans le coeur candide du rustaud.

Il tremblait en caressant de son chiffon le sein de la Vierge en plâtre. C'était à la fois touchant et pathétique, attendrissant et navrant, émouvant et pitoyable, insolite et criant de détresse...

Cette statue de plâtre était devenue l'exclusive source d'émoi de son coeur puceau. De la femme, Emile ne connaissait pour ainsi dire que la Sainte Vierge de l'église, sa seule référence. Piètre science amoureuse acquise à bout de chiffon au cours d'une mission ménagère...

Dans les jours qui suivirent cette "expérience amoureuse", l'émotion d'Emile pour la statue de plâtre ne s'amoindrit pas, au contraire. Il allait voir chaque jour sa "fiancée" comme il disait, sa "vraie fiancée" qui l'aimait parce qu'elle ne le repoussait pas du haut de son perchoir et avec laquelle il entretenait un commerce aussi platonique que misérable.

Comme on le voit, le coeur humain est admirable, ou parfaitement indigent, qui a de temps à autre ses héros. Ou ses martyrs...

Dix ans, vingt ans passèrent. Au village Emile le bedeau sonnait toujours les cloches de l'église le dimanche. Un peu plus vieux, un peu moins vaillant à la tâche mais toujours aussi épris de sa statue. Les gens du village qui ne savaient rien de cette singulière, affligeante, désolante histoire d'amour entre cet humain infirme et la statue, depuis vingt ans qu'ils entendaient Emile leur répéter qu'il avait une fiancée, lui répondaient parfois par quelques propos salaces avec des airs goguenards. Par exemple :

- Alors l'Emile, quand c'est-y que tu vas la foutre en cloque ta sacrée fumelle d'fiancée ?

Et lui de répondre invariablement, naïvement, avec toute la pureté de son âme simple, de son esprit débile, de son coeur ignorant la malice :

- C'est ma fiancée que je vous dis, je va pas la mettre enceinte, j'y suis point encore marié avec. C'est ma vraie fiancée que ça fait vingt ans que je l'aime. Elle aussi elle m'aime, même si elle cause guère. Moi je sais que c'est ma fiancée, ma vraie fiancée... Ma fiancée qu'est dans l'église...

Raphaël Zacharie de Izarra

Commentaire de Raphaël Zacharie de Izarra : - La Gisèle - (posté le 2/05/2004 à 00h54).

- La Gisèle -

Gisèle, dite "la belle Gisèle", la quinquagénaire décatie qui sert de "dame de salon" à Monsieur le curé, avec toute la réalité crapuleuse que sous-entendent ces termes édulcorés, Gisèle disions-nous, se dirige vers l'église, la tête droite, l'oeil canaille, l'épaule de travers, la jambe lourde, l'air pas fin du tout.

Aujourd'hui c'est fête, le grand jour : dimanche de Pâques ! Une des meilleures recettes pour le clocher... Gisèle le sait, c'est elle qui tient la quête. Dans le village personne n'est dupe de ses coups tordus : avec le détournement d'une partie de l'argent pie, elle s'achète au grand jour écharpes aux coloris vifs et souliers vernis.

Il y a même du fil doré sur les bagatelles qu'elle porte.

Ha ! Elle fait bien le bonheur du camelot, allez ! Il faut la voir parader au marché du jeudi sur la place du village... Fière, froide, hautaine avec son sac-à-main acheté à Pentecôte, juste après la quête. C'est qu'elle ne perd jamais de temps la Gisèle... Elle en fait jaser plus d'une, c'est sûr !

Et avec ça elle fait tourner la tête à plus d'un commis. C'est qu'elle commence à avoir des airs de "belle de la ville" la Gisèle, avec ses toilettes de luxe... Pensez donc, du fil doré sur ses écharpes ! On n'a guère l'habitude de voir déambuler d'aussi jolies chouettes au village. Il paraît que le bedeau, le brave Émile, depuis que la Gisèle s'habille comme une princesse, il sonne les cloches de travers. L'amour l'a rendu encore plus benêt qu'il n'était.

Il faut dire que le camelot qui fournit la Gisèle s'est fait une jolie réputation depuis qu'il a vendu un chapeau à plume à la femme de l'ancien maire. On aurait dit une authentique bourgeoise de sous-préfecture ! C'était il y a quinze ans. L'événement avait ému le village à l'époque... Le curé en avait même parlé dans son sermon du dimanche. On avait frisé le scandale.

Bref, la renommée du colporteur ayant dépassé les limites de la paroisse, sa clientèle est devenue choisie. Citadine, prétendent les mauvaises langues... Il est vrai que seuls les notables osent franchir le pas : la femme du patron vacher du hameau voisin, les filles de l'épicier, et même le premier adjoint au maire en personne.

Mais revenons à Gisèle sur le chemin de l'église. Depuis qu'elle tient la quête, c'est une autre femme. Avec ses allures de mondaine, elle impressionne même Fernand le Président de l'Amicale des Chasseurs de la Commune, qui n'est pas homme à se laisser émouvoir facilement.

Bref, à force de rouerie combinée à l'assiduité aux messes, la Gisèle est devenue une personnalité incontournable dans le village. Toujours vêtue d'effets de chez le camelot, elle en impose la Gisèle !

Mal enrichie mais respectée. L'habit faisant finalement le moine, quoi qu'on dise...

Raphaël Zacharie de Izarra

Commentaire de Raphaël Zacharie de Izarra : L'abbé Bichart (posté le 13/01/2005 à 00h19).

L'abbé Bichart était un saint homme. La quarantaine ascétique, les traits fins, sensible, cultivé, possédant d'authentiques qualité humaines et spirituelles, très pieux, il comblait bien au-delà de leurs attentes ses ouailles comme ses supérieurs.

A cela près qu'il était affligé d'un défaut insolite arrivé quelques années après son ordination, une étrange tare de langage, une sorte de tic de la pensée, une bizarrerie de l'esprit : le pauvre homme ne pouvait s'empêcher de jurer comme un diable à la moindre occasion et où qu'il fût, et surtout "d'enjoliver" ses phrases anodines ou solennelles avec les propos les plus orduriers qui soient.

Ca n'était pas de simples jurons qui sortaient de sa bouche sensée n'émettre que les plus chastes onctions, non. On avait affaire là à des canailleries sans nom propres à faire rougir des régiments entiers de charretiers affectés aux écuries de l'infanterie ! Sans doute les effets insoupçonnés d'une chasteté mal contenue, le résultat fâcheux de plusieurs années d'abstinence que l'on devine odieuses, funestes pour le prêtre que sa fonction condamne traditionnellement à une solitude cruelle... Soulignons que l'abbé possédait une nature portée sur les plaisirs plutôt subtils, esthétiques de la sensualité. Aussi ces obscénités langagières contrastaient-elles abominablement avec l'aspect efféminé, fragile, fluet de son auteur, ainsi qu'avec ses manières délicates, distinguées, et même aristocratiques. L'abbé Bichart, en effet, était de haute extraction.

"Où qu'il fût et à la moindre occasion", répétons-le, l'abbé proférait d'incroyables crapuleries. Le pire endroit qu'on puisse songer en ce cas étant bien entendu l'église, de dimanches en dimanches celle-ci avait finit par se vider... Ne restait qu'un noyau de fidèles pour écouter les grossièretés du prêtre. Ceux et celles qui venaient et restaient jusqu'au bout étaient animés, on s'en doute, par une curiosité déplacée. Ou par quelque vice peu avouable. Quelques tendrons émotifs, mais aussi une ou deux vieilles filles "bien comme il faut" s'attardaient volontiers de temps à autre le dimanche à l'église pour entendre les sermons de l'abbé ponctués d'indicibles gravelures...

- "Mes chers frères et soeur, remercions notre Seigneur tout puissant pour sa bonté infinie envers l'Humanité toute entière...", disait-il du haut de sa chaire sur un ton solennel empreint de piété, puis sans terminer sa phrase et prenant un ton plus crapuleux il ajoutait aussitôt, s'adressant aux vieilles filles agenouillées et aux demoiselles émotives qui frémissaient déjà : "... et accessoirement remercions-le de ne m'avoir pas doté de deux ou trois paires de couilles-à-vaches en supplément et de plusieurs braquemarts-à-empistonner afin que j'enfilasse par l'entonnoir à purin deux ou trois papes impuissants à la fois et une gueuse-à-couilles en sus ! Ha ! Nom d'un curé pédéraste de mes deux, que celle parmi vous qui veut que je lui envache le treux-à-enfiler monte sur ma chaire, et je l'encouillaserait publiquement jusque dans le fond de sa panse par là-où-que-passe-la-pisse-de-fumelle après l'avoir bourrenvachée truiesquement par le boyeux-de-son-cul ! Sacré nom de mes deux de cureton de nom d'un treux-du-cul d'une escalope de coche à couillasses de sacré nom des couilles du Diable ! Je m'enfilerais bien par le treux de derrière ou de devant quelque donzelle tombée en rut à la vue de mes grosses couilles de vache, et même un pasteur catholique vérolé ou pourquoi pas un pédé d'archevêque embordelisé jusqu'à la moelle ! Je vous montrerais ce que vaut la couille d'un cureton moi, sacré nom d'un boyeux-de-fumelle de vache à baise de mes deux ! Enfin, reprenant un ton plus digne, comme si de rien n'était son sermon se poursuivait de la manière la plus normale qui soit, jusqu'à la prochaine crise : "Mes bien chers frères et soeurs, Dieu tout puissant dans son infinie bonté disais-je donc..."Etc.

Tels était les genres de propos avec lesquels l'abbé Bichart pétrifiait son auditoire (tout ouïe, ne le cachons pas). L'effet évidemment était extraordinaire.

L'écho de ses écarts de langages involontaires parvint jusqu'au plus hautes sphères du clergé, à Rome. Il fut un temps placé d'office dans une station thermale, en repos forcé. Finalement il put reprendre bientôt ses fonctions avec la bénédiction de son évêque qui lui confia la charge ingrate de remettre dans le droit chemin toute une congrégation de bonnes soeurs dévoyées...

Après cela, allez percer les mystères de l'institution cléricale !

Raphaël Zacharie de Izarra

Commentaire de Anne : commentaire sur les commentaires (posté le 28/12/2006 à 16h51).

Peu d'humanisme dans les commentaires d'une personne qui se sent "au-dessus du panier", où est l'humanisme si cher à Jung. Il y a le peuple et il y aura toujours le peuple, peut-être primaire parfois dans ses goûts et se laissant ller à la vulgarité mais avec des qualités humaines. Et il y aura toujours la caste des accusateurs qui font un complexe de supériorité, j'aimerais voir comment ils se comportent dans la vie moi. La vulgarité d'âme se mesure au regard que l'on porte sur autrui et dans la considération que l'on en a. M. les chantres de la non vulgarité qui se sentent si supérieurs pour juger les autres et les rabaisser afin de mieux montrer leur soi-disant supériorité. Ah la la, le travail sur l'égo et le chemin du coeur ne sont pas une réalité pour vous. EN revanche la destruction de l'autre oui. Si les émissions télévisées ne vous plaisent pas, ne les regardez pas et laissez vivre le peuple peut-être moins vulgaire que vous en réalité.

Anne

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