Mérelle.net, l'aventure intérieure

- Un dimanche en province -

Posté par Raphaël Zacharie de Izarra le 9/02/2004 à 18h01.

C'était un vieux garçon issu d'une petite ville perdue au fin fond de la Sarthe. Un authentique rescapé du monde moderne. Chez lui ça puait le chien, les placards pleins de poussière et les vieux habits. Odeurs de vieillot et de renfermé. Il se dégageait des pièces de sa maison une ambiance mortelle.

Dans la salle de séjour, en réalité lieu de débarras éternellement sombre, encombré de boîtes en cartons, de reliques ineptes, de bibelots imbéciles, l'ennui régnait du matin au soir. Partout, des portraits jaunis du pape à tous les âges de son règne et diverses têtes de pontifes saint-sulpiciens... Quelques photos de la mère aussi -sévère- (une dévote trépassée depuis plus de vingt ans), et surtout des calendriers antédiluviens accumulés au fil des décennies. Sur les murs, un papier peint à mourir.

Sur la télévision, dernier outrage au goût, témoignage de l'imbécillité la plus crasse, vestige d'une existence toute vouée aux petitesses, une superbe vierge en plastique.

Toute blanche, barrée de bleu, couverte d'une fine couche noirâtre, elle trônait : toute l'âme de la maison était là. Gâtée par le temps, pieusement immobile depuis vingt, trente ans, l'horreur bicolore avait étrenné plusieurs modèles de récepteurs de télévision. Et lui de l'admirer benoîtement... Vieille cervelle apathique !

Je me retrouvais avec joie entre les quatre murs ternes de ce demi taudis en compagnie de son hôte, aussi terne que sa bicoque. J'aimais observer ce cas pathétique, ayant toujours raffolé "d'exotisme de proximité".

- Vous prendrez bien un petit café, hein ? Vous prendrez bien un petit café... Oui... Ha ben oui... C'est bon un café, surtout de ce temps là... Hein ? Ha ben oui alors...

(Puis, s'adressant à son chien : )

- Ben oui Sultan, je sais ben que tu veux un su-sucre... Ben oui Sultan ! Gentil hein... Il est-y pas beau mon chien-chien, hein ?

Il fallait le voir flatter son chien comme un vieux sénile qu'il était ! Et moi, mondain né loin de son monde, je le plaignais sans rien montrer, feignant l'attendrissement devant la complicité qui unissait les deux vieux compagnons... Se rendait-il compte qu'il se donnait en spectacle, pitoyable avec ses petites joies du dimanche ? Le chien, un bâtard insignifiant et hargneux, me semblait aussi abruti que le maître. Deux créatures indigentes, l'une à quatre pattes, l'autre à mobylette. Misère de la condition provinciale...

A chaque fois que je prenais congé du vieux couple, satisfait mais précautionneux, j'avais soin de me laver les mains, aussi dégoûté par le chien que par le bigot.

Raphaël Zacharie de Izarra



Commentaire de Léonie : pauvreté (posté le 9/02/2004 à 20h54).

Si l'écriture de ce texte témoigne d'une finesse de la langue, le contenu ,lui, est tout aussi éloquent de la pauvreté de coeur et d'âme de son auteur.

Léonie

Commentaire de Eniok : Jugements (posté le 10/02/2004 à 10h46).

Bonjour,

"Derriere les jugements et les accusations se cachent des attentes qui temoignent de besoins frustrés." Guy Corneau

Tes messages transpirent de toi.

Les gens que tu decris ici sont pour moi des etres humains qui vivent comme ils le peuvent en fonction de leur histoire, de leur vie. Je me demande comment , toi, tu vivrais si tu avaient vecu leur histoire respective.

Bon courage,

Eniok

Commentaire de ganapati : C'est trop compliqué pour moi! (posté le 11/02/2004 à 20h42).

Un texte on peut l'aimer ou non.

Il nous fait réagir ou non.

On peut en discuter.

C'est tout.

Qui peut prétendre dire :

(j'ai (personne B) une idée de ce

qu'est la réalité (inconsciente?)

de ton (personne A) activité

d'écriture).

Et qui peut prétendre dire :

(j'ai (C) une idée de ce qu'est en

réalité ta (B) prétention de savoir

ce qu'est son (A) activité d'écrire).

Je pose simplement ces deux questions.

Noter qu'en aucun cas je ne dis

(J'ai (D) une idée de ce qui motive

ta (C) prétention de savoir ce qu'est

la réalité de sa (B) prétention de savoir

ce qu'est son (A) activité d'écrire.)

Si je faisais cela (écrire cette phrase

ou toute autre phrase équivalente),

je crois qu'il serait temps que je

m'inquiète sérieusement de mon état

de santé mentale...

David

PS Je ne me suis guère amusé pendant que

j'écrivais ce message.

Commentaire de Léonie : ... (posté le 13/02/2004 à 04h56).

David,

Ce serait bien que tu trouves une activité amusante...il est possible que l'auteur du texte aie eu beaucoup de plaisir à l'écrire...moi je n'ai pas beaucoup apprécié le lire...c'est le risque de l'écrivain de se voir critiqué en se rendant publique...

Le plaisir est contributif d'une bonne santé mentale alors au lieu de fendre les cheveux en quatre...je te propose de lire une B.D. ou quelque chose dans le genre...bien amicalement...vraiment.

Commentaire de rita : pauvrete (posté le 18/03/2004 à 16h25).

j'ai lu et ne je n'ai pas aimé.

si toi tu a envie à chaque fois de te laver les mains, moi j'ai eu la même sentation qd je t'ai lu.

j'ai eu l'envie de me laver l'esprit.

tu n'a pas besoin de te laver les mains , mais essaye la prochaine fois de te laver l'âme, tu sera moi sale.

Commentaire de rouma : préjugés (posté le 19/03/2004 à 09h08).

Ce texte me laisse songeuse comme vous,quel dégout de Raphël pour une part de lui-même, mais rien ne nous parle dans son texte de ses relations avec ces gens qu'il revient voir.

En écho, ce petit texte de Confucius :"Si tu es sans entrave, tu n'as plus de préjugés défavorables (ou favorables).Si tu épouses les métamorphoses de la réalité, tu n'es plus soumis à aucune contrainte. Te voilà devenu un sage..."

Commentaire de Arthur : L'art et la manière (posté le 19/03/2004 à 18h18).

L'art et la manière de cacher sa propre misère en faisant briller la façade jusqu'à produire l'aveuglement.

Commentaire de monique : Quel écorché !!!!! (posté le 19/03/2004 à 18h59).

sacré zacharie tout de même !!

cette dérision contient toute la tendresse du monde.

Commentaire de Angéline : Jeux d'ombres et de lumières (posté le 20/03/2004 à 02h05).

Bien d'accord avec ce dernier commentaire. Et j'ajouterais générosité.

En prenant toute l'ombre sur lui, toute la lumière est pour l'autre.

Bonjour chez-vous Zac!

Amitié, A+

A.

Commentaire de Raphaël Zacharie de Izarra : Trois petits textes sur la mort du pape (posté le 2/04/2005 à 23h54).

LE GRAND PAPE-SHOW

Nos journalistes nous informent heure par heure de l'état du pape. Plus fort : en Italie c'est même minute par minute !

Caméras du monde entier braquées vers le chevet de l'illustre moribond.

Les présentatrices-maquerelles de télévision et les grands maffieux de l'information abrutisseurs de foules nous informent, nous informent. Ha ça pour informer, ils informent ! L'information qu'ils nous donnent est essentielle, en effet...

Stérile !

Demain le pape sera mort. On le sait déjà. Le monde entier le sait.

Mais non, les journalistes se prostituent encore de manière éhontée à leur foutu "devoir d'information" en nous informant en direct du temps papal qu'il fait. Mieux : en nous commentant le bulletin météorologique de la veille. Il faut bien qu'ils gagnent leur vie en nous informant minute par minute que le pape est en train de mourir, non ? Des années d'études de journalisme pour informer en direct des millions de gens qu'il est en train de pleuvoir ou de faire beau au-dessus de chez eux !

En direct de la Place Saint-Pierre, on nous informe qu'il y a des gens, des groupes, des pèlerins. Attendons-nous à des scoops encore plus palpitants. De quoi tenir en haleine la terre entière. Exemples : la nuit tombe sur la Place Saint-Pierre, une colombe aurait été aperçue sur la place (un miracle ?), la température ambiante en Italie est de tant de degrés Celsius, un nuage passe, un bout de bois a été trouvé par terre. Ou alors on verra une interview en direct d'un passant, d'une boîte de coca qui roulait au vent sur la Place Saint-Pierre (un signe ?)....

Merci de nous informer, bande de sots journalistes à la gomme !

Raphaël Zacharie de Izarra

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PATHOLOGIE DE FOULES

La mort du pape a fait sortir des millions de chapelets morbides roulant entre des millions de doigts superstitieux. Image saisissante, bêtifiante et "bigotière" d'une humanité en proie à ses démons religieux sulpiciens.

Des milliers de gens se sont rassemblés pour l'occasion, les moins pudiques ne craignant pas d'exhiber avec ostentation leur religiosité aux foules et caméras qui les entouraient. Je suis persuadé que seuls devant leur télévision, les mêmes seraient restés impassibles, inertes, pas fervent pour un sou. Et d'ennui auraient même tout simplement changé de chaîne.

De même qu'avec la mort de Lady Diana, on nage en plein dans le "crétiniquement correct". Méfions-nous toujours des foules et de ses mouvements, qui ne connaissent ni les nuances ni la réflexion.

Raphaël Zacharie de Izarra

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LA MORT D'UN MORTEL DEGUISE EN BLANC

Le pape a expiré sous les projecteurs et des millions de veaux mous fanatisés le pleurent benoîtement. Personnellement je n'avais aucun lien de parenté ni affectif avec le vieux pontife, aussi je ne vois pas par quel étrange miracle je verserais une larme pour la vieille star mondiale. J'estime en outre que le défunt a vécu longtemps, repus, heureux, célèbre, entouré de personnes illustres. Pourquoi le pleurerais-je ? Il a eu une belle vie.

Rappelons-nous que les larmes versées en son nom sont des larmes de foules. Autrement dit, du vent.

De la pure bêtise populaire. Les foules sont profondément sottes, c'est bien connu.

Le pape est mort, que ce que ça change à ma vie ? Sur le plan individuel, strictement rien. Seulement certaines foules elles sont persuadées que le monde va s'arrêter de tourner. Jusqu'au moment où chacun se rendra compte que pape ou pas pape, chaque humain pris à part (extrait de la foule aliénante) porte en lui-même sa propre destinée, qu'elle soit fardeau ou lumière.

Le reste n'est que fumée de Vatican.

Raphaël Zacharie de Izarra

Commentaire de Madeleine : de l'art d'être poète (posté le 9/04/2005 à 21h12).

"Il est enfin des choses que doit rejeter le poète: il ne doit pas célébrer l'insupportable et la laideur" (...)

"Petit moine sans capuchon et sans froc, veuille bien ne pas m'importuner de ton verbiage! Tu me fais perdre le bon sens, mais tu ne me rends pas modeste. Le vide de tes phrases me déplait; déjà je les ai foulées aux pieds."

(Goethe, Le Divan oriento-occidental)

Commentaire de Antoine : La mort du Pape: réponse aux 3 textes (posté le 19/05/2005 à 17h01).

ces commentaires sur la mort du pape m'ont littéralement "hallucinés"..pourquoi tant d'agressivité et si peu de respect pour la foi -sincère- de tant de braves hommes et femmes. Notre spiritualité judéo-chrétienne est à revisiter on en a perdu le sens profond...

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